Chronique et revue de presse sur la politique d'immigration en France.
On a assisté avec l'arrivée de l'actuel président de la république et la création du ministère de l'immigration et de l'identité nationale à un net durcissement de la politique d'immigration en France ; net durcissement, c'est un euphémisme. A ce sujet je voudrais revenir sur la réalité des chiffres de
cette immigration en France : à écouter ces politiques, on a l'impression que beaucoup d'immigrés entrent en France, ce n'est pas vrai. On a aussi l'impression à travers leurs discours que ces immigrés sont souvent pauvres et illettrés, qu'ils vivent à la botte de la France, ce n'est pas vrai. Rappelons aussi l'aspect humain des choses : certain ont apparemment tendance à l'oublier, mais avec l'immigration nous parlons d'hommes et de femmes, qui ont une histoire, une sensibilité, bref qui ne sont pas que des chiffres.
En 1er lieu donc, sur un plan purement économique et chiffré, on voit que le discours sur l’immigration, objet de fantasmes et de contre vérités, est la propriété quasi exclusive des politiciens prompts à créer sur le sujet des peurs collectives. Le 8 novembre 2007, Brice Hortefeux déclare:
"La France a déjà accueilli, au cours des dernières décennies, le plus grand nombre d’étrangers: jusqu’à 400 000 par an dans les années 1960-70."
Mais il omet de dire que les vannes sont fermées depuis trente ans à l’immigration de travail salarié. Dans son article "Cinq idées reçues sur l’immigration", le directeur de l’Institut national des études démographiques précise :
"Le solde migratoire [annuel] est estimé à 65 000 personnes […] ce qui laisse la France dans les derniers pays d’Europe par l’importance de l’immigration".
Frédrique Lemaître dans un article du Monde très instructif intitulé « L'immigration, inévitable, indispensable », précise : « Aujourd'hui, officiellement, la politique de Nicolas Sarkozy et de Brice Hortefeux présente une double caractéristique : d'un côté, on expulse massivement - et avec objectifs chiffrés à la clé - des clandestins. De l'autre, on accueille - voire on régularise - au cas par cas et sans indiquer de chiffres en fonction des besoins de l'économie. C'est le principe de l'immigration choisie, tel que défini par la France. La réalité est plus complexe : environ 200 000 étrangers entrent chaque année en France et environ 100 000 la quittent. Néanmoins, il suffit de voir comment les étrangers, surtout lorsqu'ils ne sont pas blancs, sont accueillis par la police à Roissy pour comprendre qu'ils ne sont pas les bienvenus, y compris lorsqu'ils ont un portefeuille bien garni.
Serait-ce à dire qu'il y a trop d'immigrés en France ? Tout laisse pourtant penser l'inverse. La France compte moins d'immigrés de fraîche date que la plupart des autres pays. En Australie, près du quart des habitants sont nés à l'étranger. Près d'un Canadien sur cinq est dans ce cas, tout comme 13 % des Allemands, 13 % des Américains, plus de 10 % des Irlandais, et près de 10 % des Britanniques. En revanche, ce chiffre tombe à 8,1 % en France. Comme le constate Guillaume Duval dans son livre Sommes-nous des paresseux ? (Seuil, 226 p., 15 €), "la France est le pays riche qui, en dehors du Japon, a maintenu ses frontières le plus hermétiquement closes depuis 1995 : le poids des immigrés dans la population a augmenté depuis lors 6,5 fois plus en Espagne qu'en France, 4,9 fois plus aux Etats-Unis, 3,6 fois plus au Royaume-Uni, 1,8 fois plus en Allemagne..." »
Voilà donc pour les chiffres des entrées et des sorties. On voit donc bien une énorme différence entre le discours des politiques, à travers lesquels on a vraiment l'impression d'accueillir énormément d'immigrés, et la réalité de ces chiffres.
D'autre part, sur le plan économique, peut-on affirmer que l'immigration coûte de l'argent à la France ? Que les emplois sont volés aux Français ?
On peut voir que les immigrés contribuent à la fois à l'offre de travail et à la demande de biens et de services. "En Espagne, aux Etats-Unis, en Irlande et en Grande-Bretagne, une partie de la croissance s'explique par l'augmentation de la population", estime Lionel Fontagne, professeur d'économie à l'université Paris-I. Ce que confirme l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), même si ses experts jugent qu'"en général, l'immigration accompagne la croissance plus qu'elle ne la provoque".
Autre question et c'est lié, peut-on dire que nous accueillons des pauvres et des déshérités qui vont vivre à la botte de la société française ?
Toujours dans l'article de Frédérique Lemaître, « il n'y a pas que les pauvres qui veulent émigrer. Quitter son pays coûte cher. C'est risqué. Psychologiquement voire physiquement. Souvent, seuls les plus qualifiés osent se lancer. "Depuis 1992, 40 % des flux d'immigrés en France ont au moins un bac + 2. A Sangatte, on a constaté que 60 % des réfugiés étaient titulaires d'un bac + 4", explique El Mouhoub Mouhoud, professeur à Paris-Dauphine. Pour ce spécialiste, le concept d'immigration sélective n'est pas opérationnel. "On dit qu'il y a en France 7 % d'immigration économique. Le reste, 93 %, serait constitué d'épouses et d'enfants, de demandeurs d'asile ou d'étudiants. Mais ça n'a pas de sens car, très vite, la plupart de ces gens cherchent à leur tour du travail." »
On s'aperçoit donc bien que la politique d'immigration en France est guidée par des arguments purement idéologiques et électoralistes ; et oui, maintenant que le front national a été atomisé lors des dernières élections, il faut bien garder cet électorat d'extrême droite durement conquis.
Une récente étude européenne présentée le 17 mars dernier à Paris souligne la sévérité de la France en matière de politique d'immigration : on peut lire que « La France possède l'une des législation les plus restrictive concernant le regroupement familial, les droits électoraux ou l'accès au marché du travail pour les migrants ; et ce travail a été effectué sur les données de 25 pays de l'Union Européenne et de 3 autres pays (Canada, Suisse, Norvège).Cette situation est notamment due à la loi sur le Code d'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile de juillet 2006. »
Le nombre des expulsés (25000), c'est le seul et unique objectif fixé par le président français à son ministre de l'immigration, aussi je pense que l'on peut maintenant arrêter de parler de la France comme le pays des droits de l'homme, vu comment sont traités ici les immigrés, comment ils sont expulsés, comment ils sont pourchassés, comment ils sont stigmatisés.
Combien d'histoires affreuses avons-nous entendu sur des traques, des expulsions ? On ne les compte plus. Maintenant en France, les flics attendent les parents d'élèves à la sortie des écoles, arraisonnent des personnes soupçonnées d'être sans-papiers devant leurs enfants.
Dans le journal Charlie Hebdo est apparu une nouvelle chronique hebdomadaire : l'expulsé de la semaine. Un exemple parmi tant d'autres ?
« Mickaël, 16 mois, 17 jours de prison »
Le lundi 11 février à 8h, Mme Bekay et son fils Mickaël, 16 mois, sont surpris dans leur sommeil par la police. Elle a juste le temps d'envoyer un SMS à son conjoint, Michel – en France depuis 17 ans – qui est déjà au boulot. Direction la gendarmerie, son bébé sous le bras. Le soir même, mère et bambin sont placés en rétention à Rennes, après un long voyage. Mickaël n'a alors toujours pas mangé ni été changé. Mardi, Michel fait 3h1/2 de route pour leur apporter quelques affaires de toilette et de quoi se changer. Mercredi, le juge des libertés met fin à la rétention, mais le procureur fait appel. Jeudi, la rétention est prolongée de 15 jours. Mickaël vit évidemment très mal l'enfermement, : il dort et mange très peu. Le 27 février, expulsion prévue vers la République Démocratique du Congo. Michel faxe à la police de l'air et des frontières et à la préfecture le refus de sortir du territoire pour son fils, afin de le protéger. Au moment du transfert vers Roissy, à 3h du matin, Mme Bekay refuse de sortir de sa cellule. Ils seront finalement libérés après un 2ème passage devant le juge. Le bilan est sans appel pour le bébé : Mickaël, qui n'a pas pu voir de pédiatre, est traumatisé, pleure et s'agite en permanence, et il a perdu 2 kg. Michel a demandé un certificat au médecin du centre de rétention, mais le préfet a refusé sa communication.
Voilà comment on traite les immigrés en France.
D'autre part, Mrs Sarkozy et Hortefeux veulent mettre en place une politique de quotas pour l'immigration (sélectionner les candidats à l'immigration en fonction de leur pays d'origine), simplement il faudrait modifier la consitution française qui reconnaît l'égalité entre les hommes, point qui ne serait plus d'actualité avec cette politique de quota.
J'arrêterais ici, ce serait trop long de parler de tous les points qui me révoltent.
Heureusement des gens en France militent sur ces sujets, particulièrement Réseau Education Sans Frontières (RESF). Et je voudrai pour finir, relayer un appel de RESF à manifester le samedi 5 avril 2008, dans toute la France et notamment à Toulouse. Par cette manifestation, nous demanderons
l'arrêt des expulsions et de l'enfermement des sans papiers et la suppression du ministère de l'immigration et de l'identité nationale. RESF souligne qu'alors que la France s’apprête à prendre la présidence européenne, on peut craindre un renforcement des mesures répressives aux portes de l’Europe et en son sein. Il devient plus que jamais urgent de renforcer la mobilisation.
Voilà, c'est donc le samedi 5 avril 2008, rendez vous 10h30 Place du capitole, et à 14h30 place d'Italie à Paris, vous retrouverez toutes les infos sur le site web de RESF www.educationsansfrantieres.org
Tony
Article de Frédérique Lemaitre
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