Chronique politique de l'émission MixUp diffusée le dimanche 9 mars entre 10h30 et 12h00, et que vous pouvez écouter en ligne sur la page radio de kalakuta.
Pour vous parler de la nouvelle loi Dati concernant la rétention de sureté, je voudrais aborder le sujet en vous expliquant pourquoi je trouve qu'Etienne Mougeotte est un con (ce monsieur est l'ex directeur des programmes de TF1 et actuellement éditorialiste au Figaro).
Dans son éditorial du 25 février dernier titré « que messieurs les assassins commencent », il nous parle donc cette nouvelle loi Dati.
Alors, qu'est-ce que cette nouvelle loi ? Elle indique qu'une personne qui a commis des crimes entrainant une peine supérieure ou égale à 15 ans « peut, à compter du jour où la privation de liberté prend fin, faire l’objet d’une rétention de sureté d'une période indéfinie lorsqu’elle présente, en raison d’un trouble grave de la personnalité, une particulière dangerosité caractérisée par la probabilité très élevée de commettre à nouveau l’une de ces infractions ». Le conseil constitutionnel n'a pas permis l'application rétroactive de cette loi, c'est à dire pour des personnes condamnées dans le passé, et en a limité l'applicabilité en imposant à la juridiction compétente de "vérifier que la personne condamnée a effectivement été en mesure de bénéficier, pendant l'exécution de sa peine, de la prise en charge et des soins adaptés au trouble de la personnalité dont elle souffre". Devant ce revers du conseil constitutionnel, Nicolas Sarkozy a demandé au président de la cours de cassation une manière de contourner la décision du conseil, une 1ère dans l'histoire de la république française.
A ce sujet mr Mougeotte s'exclame : « on reste confondu devant le procès en sorcellerie intenté à Nicolas Sarkozy pour avoir demandé à la cour de cassation, dans un soucis de protection des victimes, de lui faire des propositions pour permettre une application immédiate de la loi sur la rétention de sureté. » Puis plus loin, tojours pour Etienne Mougeotte « Robert Badinter dénonce une période sombre pour la justice. On a envie de lui répondre que c'est plutôt une période de dérèglement de l'esprit public quand on cherche à opposer les grands principes du droit à la sécurité légitime des français. »
Etienne Mougeotte est donc pour moi un con car il est populiste. Dans mon propos, le mot populiste qualifie quelqu'un qui énonce une sorte de vérité évidente de prime abord, mais qui ne tient pas une seconde face à une réflexion un tant soit peu profonde. C'est pour cela que le populiste fait preuve généralement de connerie. Etre populiste, c'est exprimer des idées que tout le monde a envie d'entendre si on ne réfléchit pas, car elles paraissent pouvoir gommer rapidement des peurs ou des angoisses, celles par exemple de dangereux criminels, mais qui par contre font faire aux hommes n'importe quoi, comme par exemple aller à l'encontre de la déclaration des droits de l'homme. Enfin il est populiste lorsqu'il prétend, à travers le titre de son édito "que messieurs les assassins commencent", que ceux qui vont à l'encontre de l'action Sarkosienne sont POUR les criminels.
Afin de mener la réflexion dont je parle, je citerai 3 personnes, beaucoup plus à même de vous expliquer clairement la situation que moi.
Robert Badinter d'abord, pour sa part, explique qu'avec cette loi « on crée l'emprisonnement pour raisons de dangerosité, concept éminemment flou. Une personne sera enfermée, non plus pour les faits qu'elle a commis, mais pour ceux qu'elle pourrait commettre. On perd de vue l'un des fondements d'une société de liberté. On est emprisonné parce que l'on est responsable de ses actes. Nous passons d'une justice de responsabilité à une justice de sûreté. C'est un tournant très grave de notre droit. Les fondements de notre justice sont atteints. Que devient la présomption d'innocence, quand on est le présumé coupable potentiel d'un crime virtuel ? »
Henri Leclerc, président de la ligue des droits de l'homme réagit lui dans le Charlie Hebdo de la semaine dernière : il précise que « Quand Sarkozy dit que le 1er droit est celui des victimes, il renvoie à cette obsession du risque zéro. Cette idée de la sécurité absolue est absurde. Il n'y a que dans les cimetières que la sécurité est absolue. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas protéger la société contre des gens qui commettent des crimes ! On ne peut pas, au nom de cette recherche du risque zéro, éliminer définitivement des individus de la société. C'est contraire à un droit fondamental : les gens qui ont commis des crimes ont des droits. Ce sont des hommes, on n'a pas le droit de leur enlever leur qualité d'homme. » (...) Sarkozy a des formules extraordinaires : à vouloir tout expliquer, on finit par tout excuser. Manière d'affirmer qu'il n'y a pas de cause, sociale ou autre, au crime : on naît pédophile, on naît criminel, il n'y a rien à comprendre. »
Enfin je citerai pour étayer ce propos Elisabeth Roudinesco, psychanalyste et historienne, qui explique que « toute société a besoin de désigner ce qu'elle rejette, ce qu'elle considère comme pervers. Et pourquoi toutes les sociétés font-elles cela ? Parce qu'elles ne peuvent pas penser le bien si elle ne savent pas reconnaitre le mal. Il leur faut un référent pour penser le loi et sa transgression. Or on vit une époque, actuellement, qui veut éradiquer le mal, mettre la guerre hors la loi. Comme si les hommes allaient un jour arrêter de s'entretuer ou de se haïr. Si l'on construit des systèmes biocratiques totalitaires qui ont pour but d'éradiquer le mal, le mal va revenir là où on ne l'attend pas, comme le vice se cache derrière la vertue. En voulant fabriquer des hommes nouveaux, bien corrects, lisses et apparemment gentils, on risque toujours d'engendrer le pire. C'est d'ailleurs l'intention de créer un homme nouveau qui est en soit dangereux et perverse.
Le pouvoir actuel a tendance à reposer sur des preuves uniquement scientifiques et où surtout on privilégie l'idéologie sécuritaire au détriment des idéaux de la liberté, d'une part, et de l'égalité, d'autre part. Le système capitaliste dérégulé veut le bonheur de tous les hommes mais il dérape parce qu'il finit par faire le bonheur des choses, et non pas des hommes. Des hommes en tant que choses qui n'auraient plus de liberté et qui vivraient dans des lieux de bonheur protégés par des systèmes électrifiés. On veut ainsi faire un homme nouveau, lisse, sans conflit, qui ne serait plus jamais ni malade, ni malheureux, ni angoissé ni inquiet. »
Tony
Commentaires
Ah non, merde, il a été élu....
y'aurait pas un problème avec la police dans tout ça ?
je veux dire la police de caractère bien sûr...