SAUVONS LE MANGE DISQUES – LES RAISONS DE LA COLERE
Le Mange-Disques, projet de salle de musiques actuelles dans le quartier des Minimes (tout près de la barrière de Paris), vient de se voir notifier par la Mairie de Toulouse, par l’intermédiaire du maire de quartier Monsieur Raoust, le refus d’accorder le permis de construire.
Les torts des porteurs de ce projet ne sont pas à négliger dans cette affaire. La charrue a été mise avant les bœufs, et dans une ville comme Toulouse où les initiatives liées aux musiques actuelles sont traitées un peu comme une épidémie de peste, ça craint. Précisément, les porteurs du projet ont commencé les travaux avant l’accord final du permis de construire, et avant de lancer une consultation de quartier.
Au final, face à la levée de bouclier des habitants du quartier, la Mairie a choisi de bloquer l’ouverture de cette salle en invoquant le motif d’absence de parking lié à la salle. Prétexte fallacieux bien sûr, aucune disposition légale n’obligeant un lieu culturel à bénéficier d’un parking. La Halle aux Grains n’a pas de parking, mais attention là, on ne parle pas de la même chose c’est ça ?
Ce billet est donc adressé aux habitants du quartier des Minimes qui se sont élevés contre le projet et à la Mairie qui, au mépris de l’intérêt général, leur a donné raison.
Vous avez eu raison, messieurs-dames des Minimes, votre quartier portera bien son nom désormais. Un quartier minime. Par votre clairvoyance et votre courage (à base de lettres et de pétitions anonymes), vous avez réussi à endiguer le flot de dangereux gauchistes, extrémistes, drogués, violeurs d’enfants, voleurs de poules, qui constituent, c’est bien connu, l’essentiel du public des salles de concert. Par votre refus, vous avez réussi à endetter les porteurs de ce projet (bien fait pour eux, hein ?), et à renvoyer les amateurs de ces musiques de sauvage aux caves mal aérées, mal équipées (ils vont bientôt devenir sourds et bronchitiques, rassurez-vous), ou bien, pour les plus chanceux d’entre eux qui possèdent une voiture (d’ailleurs, on se demande bien comment ils font pour se payer une voiture ces racailles, pas en travaillant honnêtement en tout cas) à Ramonville et Tournefeuille, villes dont les services culturels ont l’incurie de croire que les musiques actuelles sont une forme d’art à part entière, non mais qu’est-ce qu’il ne faut pas entendre, pourquoi pas le skate-board aux Jeux Olympiques tant qu’ils y sont !
Et vous, messieurs-dames de la Mairie, comme vous avez raison d’écouter cette poignée de vieux grincheux, ils sont quelques dizaines, les amateurs de musique sont des milliers, mais qu’importe ! Mieux vaut un bulletin dans l’urne tout de suite qu’une hypothétique reconnaissance plus tard. Et puis vous pensez bien que ces musiques ne sont qu’un caprice de jeunesse et que bientôt tous ces excités rentreront dans le rang et auront des loisirs un peu plus catholiques (cathodiques ?).
Hein, quoi ? Le rock a cinquante ans, le funk et le reggae en ont quarante, le rap en a trente, la techno en a vingt, ah bon ? Alors comment expliquer que ces musiques sont encore et toujours perçues politiquement comme un problème avant d’être, éventuellement, intégrées dans la sphère de la politique culturelle ? Ben parce qu’elles font du bruit. Ah, ça oui, c’est vrai. Alors quoi, la construction d’équipements adaptés (comme le Mange Disques, par exemple) n’est pas une réponse à ça ?
Ah, aussi parce qu’elles sont, paraît-il, en lien étroit avec le monde marchand (l’industrie du disque, la starac, tout ça) et que Malraux, dont les guêtres traînent encore du côté de nos politiques culturelles, disait de la chanson que c’était « l’antichambre du bordel ».
Enfin, parce que les musiques actuelles sont porteuses de quelque chose que d’autres formes d’art ont délaissé depuis trop longtemps : l’universalité, le partage, la fête, la solidarité. Beurk.
Alors oui, coulons le Mange-Disques ! Qu’importe si Toulouse est la ville par laquelle beaucoup d’artistes nationaux et internationaux ne passent plus ! Tant pis si, tout en étant la 2ème ville universitaire de France, Toulouse n’a toujours pas d’équipement musical digne de ce nom (à la différence de Montpellier, Bordeaux, Agen, Montauban, Castres, Angoulême, Sainte-Croix Volvestre, Auch, Perpignan,…). Et tant pis si, désormais, quand on leur parle de la réputation jeune et festive de notre belle ville, les gens d’ici ricanent amèrement.
Au moins, les habitants des Minimes dormiront bien et n’auront plus peur.
Ne nous laissons pas faire, soutenons le Mange Disques