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Kalakuta productions : une association qui organise des soirées et concerts dans le centre ville de Toulouse
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Vendredi 28 Mars 2008
Chronique musicale extraite des émissions « Mix Up » du 9 et 16 mars.
1.1968 – 1974 : L'âge d'or de la musique éthiopienne moderne
 
A la fin des années soixante, un certain vent de liberté souffle sur Addis Abeba, comme sur la plupart des capitales de la planète. Pantalons pattes d'éph et mini-jupes sont portées avec fierté par une jeunesse qui, en allant danser sur du Elvis Presley dans les clubs clandestins d'Addis, témoigne de sa volonté d'ouverture au monde dans un pays fortement isolationniste et farouchement indépendant – l'Ethiopie étant un des rares pays africains à n'avoir jamais été colonisé (la présence italienne ayant été une invasion de courte durée)-.
Non loin de là, près d'Asmara (la future capitale erythréenne), Kagnew Station, la radio de la base militaire américaine de Kagnew, diffusait dans la corne de l'Afrique les derniers tubes de Wilson Pickett, James Brown et Elvis Presley...Frappés par l'efficacité du funk, de la soul et du rhythm'n blues, les musiciens éthiopiens qui jusque là officiaient dans les grands orchestres rutilants de cuivres de l'Armée Impériale, de la Police ou des grandes institutions, se mirent à former de plus petits groupes engagés dans les grands hôtels et les clubs de la capitale.

Un jeune businessman de 24 ans, Ahma Eshété, allait être celui qui porterait le coup d'accélérateur dont avait alors besoin le milieu musical éthiopien. Bravant la censure impériale, il monte Ahma Records sans autorisation et enregistre les premiers disques du swinging Addis, au premier rang desquels ceux de Mahmoud Ahmed et Alémayèhu Eshété.

Faisant presser ses disques en Inde, au Liban puis en Grèce, Ahma Eshété aura produit au total une centaine de 45 tours et quelques 33 tours en 5 ans. Bien entendu, une vingtaine d'autres petits labels virent le jour dans la même période, portant la production phonographique du pays à quelques cinq cents 45 tours et une trentaine de 33 tours.

Cette musique incroyable, fusion de rhythm'n blues, de soul, du funk, de jazz et d'un groove abyssin totalement unique en Afrique, est accompagnée de textes abordant des thèmes en apparence classiques comme l'amour et la déception amoureuse. En apparence seulement, car leur contenu verbal était truffé de double sens et autres allusions subtiles. Il paraît en effet que l'ahmarique est une langue faite pour cela, et que les Ethiopiens adorent user du double sens dans leurs conversations quotidiennes. Rappelons au passage que l'ahmarique est une langue écrite et que la civilisation éthiopienne est vieille de plus de trois mille ans.

 L'éthio-jazz, quant à lui, est une exception dans ce paysage musical où le texte est au moins aussi important que la musique. Ce style appartient avant tout au pianiste Mulatu Astatqé (rendu célèbre par la BO de Broken Flowers), et dans une moindre mesure à Gétachew Mekurya, le saxophoniste qui en Ethiopie faisait du free jazz sans le savoir (son jeu rappelle fortement celui d'Albert Ayler). 

Cette période de foisonnement culturel et musical est brutalement interrompue en 1974, à la chute du Négus et l'instauration d'une dictature militaire soi-disant socialiste, en tout cheval de troie de l'URSS en Afrique. Durant 18 ans de règne sans partage, la dictature laminera toute liberté d'expression et mettra fin à cet âge d'or.
 
Ahma Eshété, notre producteur, s'exile à Washington, la plupart des musiciens mettent un terme à leur trop courte carrière, beaucoup s'enfuient, d'autres sont arrêtés et quelques-uns, plus rares, choisissent de collaborer au régime en vantant ses mérites dans les palaces exotiques et à la télévision d'Etat.
Ainsi l'essentiel de la musique enregistrée pendant cette période, ainsi que les musiciens qui l'ont créée, seraient sans doute tombés dans l'oubli sans la ténacité d'un homme, Francis Falceto, aujourd'hui directeur artistique de la série Ethiopiques parue chez Buda Musique.

2.1985 – 2008 : la redécouverte et la continuation

Il aura donc fallu qu'un disque de musique éthiopienne tombe un peu par hasard entre les mains d'un homme, en 1985, pour que cette musique unique ait une chance d'être redécouverte. Cette homme, c'est Francis Falceto, qui est alors programmateur du Confort Moderne, l'une des premières salles de musiques actuelles, à Poitiers. Passionné autant par les musiques expérimentales que par les musiques du monde, il est tout de suite fasciné par ce disque et décide de remonter cette piste jusqu'à sa source abyssine. Il multiplie les séjours à Addis, apprenant l'ahmarique et se frottant aux réticences des Ethiopiens envers cet européen posant toute sortes de questions bizarres sur une époque révolue. Réticences d'autant plus grandes que les ethiopiens sont, selon Francis Falceto, d'un naturel très méfiant, ne se livrant pas facilement.

De fil en aiguille, Francis Falceto retrouve la trace de Ahma Eshété, alors en exil à Washington. Ensemble, ils partent à la recherche des bandes originales, mais il faudra attendre la chute de la dictature en 1992 pour retrouver la piste de ces fameuses bandes. Finalement, en 1997, elles sont localisées à Athènes et, après 12 ans de recherche opiniâtres, Francis Falceto peut envisager la réédition de ces enregistrement quasiment inconnus hors d'Ethiopie. D'autant qu'au cours de ses recherches, notre homme n'a bien sûr pas oublié d'acheter tous les vieux vinyles qu'il pouvait trouver. Ainsi la majorité des rééditions de musique éthopienne sont issues non pas des masters, mais de vieux vinyles retrouvés dans un état précaire – on imagine les nuits blanches de l'ingénieur du son -.

Toujours est-il que la série Ethiopiques a pu voir le jour en 2001 et que la série compte, à ce jour, 23 volumes, la plupart magnifiques et très bien documentés.

Cette série a eu un retentissement énorme, Jim Jarmush par exemple a construit son film « Broken Flowers » à partir de la musique de Mulatu Astatqé, l'inventeur de l'éthio-jazz auquel le volume 4 de la série est consacré.
De nombreux musiciens se sont également emparés de cette musique, par exemple The Ex (groupe de hardcore expérimental hollandais) qui partage régulièrement la scène avec le saxophoniste Gétatchew Mekurya. En France, citons les Nantais de Badume's Band, qui reproduisent très fidèlement (voire un peu trop) les standards éthiopiens ; et surtout Le Tigre des Platanes, groupe toulousain auteur d'un concert inoubliable au festival Convivencia en 2007, et qui a récemment sorti un très bon disque avec la chanteuse Eténèsh Wassié (que l'on appelle parfois la Billie Holiday éthiopienne).
Enfin, au niveau international, on peut citer les Australiens de The Budos Band (en tournée dans le sud de la France fin avril) et les Américains de Nostalgia 77 qui reprennent le tube « Musiqawi Silt » du Walias Band dans leur dernier album...

Guillermo Martinez

publié par kalakutaprod dans: kalakutaprod
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