Programme exceptionnel pour cette 22ème soirée Kalakuta, le vendredi 28 mars 2008 :
RINGE RINGE RAJA : c'est le groupe italien qui accompagne notre ami Don Pasta en Italie lors de ses pérégrinations philosophico-gastronomiques. Un mélange savoureux de Klezmer et de rock balkanique. http://www.myspace.com/ringeringe
LES TROUBLAMOURS : groupe tarbais mélangeant chanson, tzigane et jazz en faisant revivre l'esprit des bals populaires du sud de l'Italie où ils ont enregistré un album. http://troublamours.free.fr
KALAKUTA SELECTORS : explosive global groove...
Ca se passe toujours au Cri de la Mouette, sur le canal de Brienne, de 22 heures à 5 heures du mat'. Entrée 7 euros, 5 euros pour les adhérents.

A vendredi !
Chronique politique de l'émission MixUp diffusée le dimanche 9 mars entre 10h30 et 12h00, et que vous pouvez écouter en ligne sur la page radio de kalakuta.
Pour vous parler de la nouvelle loi Dati concernant la rétention de sureté, je voudrais aborder le sujet en vous expliquant pourquoi je trouve qu'Etienne Mougeotte est un con (ce monsieur est l'ex directeur des programmes de TF1 et actuellement éditorialiste au Figaro).
Dans son éditorial du 25 février dernier titré « que messieurs les assassins commencent », il nous parle donc cette nouvelle loi Dati.
Alors, qu'est-ce que cette nouvelle loi ? Elle indique qu'une personne qui a commis des crimes entrainant une peine supérieure ou égale à 15 ans « peut, à compter du jour où la privation de liberté prend fin, faire l’objet d’une rétention de sureté d'une période indéfinie lorsqu’elle présente, en raison d’un trouble grave de la personnalité, une particulière dangerosité caractérisée par la probabilité très élevée de commettre à nouveau l’une de ces infractions ». Le conseil constitutionnel n'a pas permis l'application rétroactive de cette loi, c'est à dire pour des personnes condamnées dans le passé, et en a limité l'applicabilité en imposant à la juridiction compétente de "vérifier que la personne condamnée a effectivement été en mesure de bénéficier, pendant l'exécution de sa peine, de la prise en charge et des soins adaptés au trouble de la personnalité dont elle souffre". Devant ce revers du conseil constitutionnel, Nicolas Sarkozy a demandé au président de la cours de cassation une manière de contourner la décision du conseil, une 1ère dans l'histoire de la république française.
A ce sujet mr Mougeotte s'exclame : « on reste confondu devant le procès en sorcellerie intenté à Nicolas Sarkozy pour avoir demandé à la cour de cassation, dans un soucis de protection des victimes, de lui faire des propositions pour permettre une application immédiate de la loi sur la rétention de sureté. » Puis plus loin, tojours pour Etienne Mougeotte « Robert Badinter dénonce une période sombre pour la justice. On a envie de lui répondre que c'est plutôt une période de dérèglement de l'esprit public quand on cherche à opposer les grands principes du droit à la sécurité légitime des français. »
Etienne Mougeotte est donc pour moi un con car il est populiste. Dans mon propos, le mot populiste qualifie quelqu'un qui énonce une sorte de vérité évidente de prime abord, mais qui ne tient pas une seconde face à une réflexion un tant soit peu profonde. C'est pour cela que le populiste fait preuve généralement de connerie. Etre populiste, c'est exprimer des idées que tout le monde a envie d'entendre si on ne réfléchit pas, car elles paraissent pouvoir gommer rapidement des peurs ou des angoisses, celles par exemple de dangereux criminels, mais qui par contre font faire aux hommes n'importe quoi, comme par exemple aller à l'encontre de la déclaration des droits de l'homme. Enfin il est populiste lorsqu'il prétend, à travers le titre de son édito "que messieurs les assassins commencent", que ceux qui vont à l'encontre de l'action Sarkosienne sont POUR les criminels.
Afin de mener la réflexion dont je parle, je citerai 3 personnes, beaucoup plus à même de vous expliquer clairement la situation que moi.
Robert Badinter d'abord, pour sa part, explique qu'avec cette loi « on crée l'emprisonnement pour raisons de dangerosité, concept éminemment flou. Une personne sera enfermée, non plus pour les faits qu'elle a commis, mais pour ceux qu'elle pourrait commettre. On perd de vue l'un des fondements d'une société de liberté. On est emprisonné parce que l'on est responsable de ses actes. Nous passons d'une justice de responsabilité à une justice de sûreté. C'est un tournant très grave de notre droit. Les fondements de notre justice sont atteints. Que devient la présomption d'innocence, quand on est le présumé coupable potentiel d'un crime virtuel ? »
Henri Leclerc, président de la ligue des droits de l'homme réagit lui dans le Charlie Hebdo de la semaine dernière : il précise que « Quand Sarkozy dit que le 1er droit est celui des victimes, il renvoie à cette obsession du risque zéro. Cette idée de la sécurité absolue est absurde. Il n'y a que dans les cimetières que la sécurité est absolue. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas protéger la société contre des gens qui commettent des crimes ! On ne peut pas, au nom de cette recherche du risque zéro, éliminer définitivement des individus de la société. C'est contraire à un droit fondamental : les gens qui ont commis des crimes ont des droits. Ce sont des hommes, on n'a pas le droit de leur enlever leur qualité d'homme. » (...) Sarkozy a des formules extraordinaires : à vouloir tout expliquer, on finit par tout excuser. Manière d'affirmer qu'il n'y a pas de cause, sociale ou autre, au crime : on naît pédophile, on naît criminel, il n'y a rien à comprendre. »
Enfin je citerai pour étayer ce propos Elisabeth Roudinesco, psychanalyste et historienne, qui explique que « toute société a besoin de désigner ce qu'elle rejette, ce qu'elle considère comme pervers. Et pourquoi toutes les sociétés font-elles cela ? Parce qu'elles ne peuvent pas penser le bien si elle ne savent pas reconnaitre le mal. Il leur faut un référent pour penser le loi et sa transgression. Or on vit une époque, actuellement, qui veut éradiquer le mal, mettre la guerre hors la loi. Comme si les hommes allaient un jour arrêter de s'entretuer ou de se haïr. Si l'on construit des systèmes biocratiques totalitaires qui ont pour but d'éradiquer le mal, le mal va revenir là où on ne l'attend pas, comme le vice se cache derrière la vertue. En voulant fabriquer des hommes nouveaux, bien corrects, lisses et apparemment gentils, on risque toujours d'engendrer le pire. C'est d'ailleurs l'intention de créer un homme nouveau qui est en soit dangereux et perverse.
Le pouvoir actuel a tendance à reposer sur des preuves uniquement scientifiques et où surtout on privilégie l'idéologie sécuritaire au détriment des idéaux de la liberté, d'une part, et de l'égalité, d'autre part. Le système capitaliste dérégulé veut le bonheur de tous les hommes mais il dérape parce qu'il finit par faire le bonheur des choses, et non pas des hommes. Des hommes en tant que choses qui n'auraient plus de liberté et qui vivraient dans des lieux de bonheur protégés par des systèmes électrifiés. On veut ainsi faire un homme nouveau, lisse, sans conflit, qui ne serait plus jamais ni malade, ni malheureux, ni angoissé ni inquiet. »
Tony
Chronique politique de l'émission MixUp diffusée le dimanche 2 mars entre 10h30 et 12h00, et que vous pouvez écouter en ligne sur la page radio de kalakuta.
La laïcité est quelque chose de très important, et ce concept a un point commun avec la démocratie, ce n'est jamais complètement acquis, il faut lutter pour la garder et faire attention au dérapages.
La séparation de l'église et de l'état est en France très bien encadré par une loi qui date de 1905. Pour les français qui sont nés après cette date - c'est à dire pour au moins la moitié d'entre vous chères lectrices, chers lecteurs – pour ceux là donc la laïcité est quelque chose de normal. N'allez pas plus loin qu'en Espagne et vous verrez que l'on n'est pas tous égaux devant ce concept, même si on note des progrès récents avec le gouvernement Zapatero. Dans le monde beaucoup de signes le montrent, le fait religieux et malheureusement son excès, l'intégrisme, prennent beaucoup plus de place que dans les décennies précédentes, je parle autant d'ailleurs de l'occident chrétien avec par exemple les Etats-Unis que de républiques islamiques.
En France, patrie de la laïcité donc (on parle dans le monde de « laïcité à la française ») de récentes prises de position du président de la république française me semblent très inquiétantes. Ses prises de position personnelles ne m'intéressent et bien sûr ne me gênent pas, mais de part sa position il nous représente, et là ça coince un peu plus.
Il est très difficile de déceler les convictions intimes du petit Nicolas tant il change de discours en fonction de l'interlocuteur : Nicolas en Algérie ? Islamophobie sucrée de rigueur. Nicolas avec Tom Cruise ? Tolérance envers les sectes au menu. Et il y a eu Nicolas au Vatican, à Riyad puis au CRIF.
A Riyad il s'est fait obséquieux avec Dieu et le régime du rio Abdallah, dans un style bien lourdingue du genre – c'est le président de la république qui parle, vous retrouverez l'intégralité du discours ici):
« Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le coeur de chaque homme. Dieu qui n'asservit pas l'homme mais qui le libère. Dieu qui est le rempart contre l'orgueil démesuré et la folie des hommes. »
Il est vrai qu'au niveau orgueil démesuré le petit Nicolas a bien besoin de rempart... D'autre part pour lui la politique du roi Abdallah « oeuvre pour l'islam ouvert, qui se souvient des siècles où il était le symbole de l'ouverture d'esprit et de la tolérance. » Pourtant, dans le pays arabe le plus conservateur et le plus stricte au niveau religieux, le petit Nicolas avait oublié de promener sa Carla, en effet il aurait été obligé de la voiler de la tête aux pieds, ce qui enlève du coup tout intérêt à sa présence. Il n'aurait pas pu lui filer les clés de la limousine pour faire une virée dans les rues de Riyad, les femmes n'ont pas le droit de conduire là-bas. Au moins avec tous ces gardes du corps elle aurait eu peu de chance de se faire violée, heureusement pour elle car la peine encourue par les femmes violée en Arabie Saoudite est 200 coups de fouet (voir aussi cette anecdote). Je me demande s'il n'y a pas des intérêts économiques derrière ce discours.
Bref, auparavant nous avons eu Nicolas au Vatican. Passons déjà sur son bon goût d'y emmener Jean-Marie Bigart. Dans son discours à Latran (discours intégral ici) il ne parle pas au nom des français, ni des seuls chrétiens, ni même au nom des catholiques de France, mais au nom d'une sensibilité catholique traditionaliste qu'il assume comme la sienne... et par voie de conséquence comme la nôtre. Il remet à l'honneur la France « fille ainée de l'église », insistant bien sur les racines uniquement chrétiennes de notre pays. Dans la suite, il fait une confusion flagrante entre non croyance et absence de questionnement métaphysique. En fait pour lui, les personnes qui se posent des questions sur le sens de la vie et ce qu'il se passe après la mort croient forcément en un dieu. Il n'y aurait donc pas de métaphysique athée, pas de spiritualité sans religion. On perçoit bien ici qu'il trouve des réponses à ses questions sur le sens de la vie grâce à l'adhésion à une foi partagée avec d'autres au sein d'une religion. Mais, n'omet-il pas les personnes qui souhaitent, notamment au contact de l'art, se poser les bonnes questions (déjà) et de trouver ses propres réponses, en soi ; ou de ne pas les trouver d'ailleurs, car toutes les réponses à nos questions métaphysiques doivent-elles forcément exister ? Ne peut-on laisser une place au mystère, générateur de liberté, à la place de la croyance à tout pris, génératrice d'engoncement dans des vérités acquises et éternelles ?
On avait pu remarquer le manque d'appétence du petit Nicolas pour l'art et la question philosophique quand, lors de la campagne présidentielle, il avait eu un entretien avec le philosophe M.Onfray et lui avait déclaré qu'il trouvait ridicule le « connais toi toi-même » cher à Socrate et à Montaigne. On comprend ainsi aisément que cet homme ne cherche pas à trouver des réponses à ses questions en lui, mais qu'il les cherche dans le dogme religieux, ce qui je le pense d'ailleurs n'est pas le cas de tous les croyants.
Quand à sa prestation au CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France, il a notamment déclaré :
« Le drame du XXème siècle n'est pas né d'un excès de l'idée de Dieu, mais de sa redoutable absence. Si les religions sont impuissantes à préserver les hommes de la haine et de la barbarie, le monde sans dieu, que le nazisme et le communisme ont cherché à bâtir, ne s'est pas révélé tellement préférable. »
Je vous laisse méditer sur ces paroles que je qualifierai rapidement d'imbécile. Au passage il confont le communisme, qui est une théorie, avec le Stalinisme, qui est une manière de le mettre en pratique.
Je finirais en en vous rappelant que le pape a récemment remis au gout du jour la messe latin, peut-être pour nous montrer son progressisme, je ne sais pas. Il a peut-être raison au fond papy, la messe en français on comprend les paroles, alors que la messe en latin met un peu de mystère, d'ésotérisme, de sacré, ça fait plus beau, car comme disait Brassens, "la messe sans le latin, ça nous emmerde".
Tony
C'était en hommage à la Résistance que Thelonious Monk avait souhaité voir figurer ce "Vive la France" graffité (en haut à gauche) sur la pochette délirante et scrupuleusement mise en scène de son album "Underground".

Drôle d'époque : impensable aujourd'hui où les musiciens et le public ressentent davantage la nécessité de hurler "Vive Monk" !
Vendredi 29 février une journée de mobilisation nationale contre le désengagement de l'État dans la culture est organisée à l'appel d'une série d'organisations:
la Fédération des Scènes de Jazz et de musiques improvisées, la Fedurock, L'Union Fédérale d'Intervention des Structures Culturelles, l'Association professionnelle des arts de la rue, le Syndicat national des arts vivants, le Syndicat du Cirque de Création, le Centre International pour le Théâtre Itinérant, le Réseau Chaînon…et tout plein d'autres associations de musique, cinéma, théâtre, arts visuels, etc.
Elles appellent les publics, l'ensemble des compagnies, les lieux, les associations d'éducation populaire, les artistes amateurs et professionnels, les bénévoles, les élus locaux, les directeurs des affaires culturelles, les médias, et tous ceux qui pensent que la culture de proximité et la diversité artistique ne doivent pas disparaitre à se rassembler vendredi 29 février, dans toutes les régions de France .
À Paris, ce sera à 15h, Place du Palais Royal.
A Toulouse, ce sera à 14h, place Saint Etienne.
qui on vous le rappelle est demain soir (des infos ici).





